Rachel Seguin : « Expérimenter pour sortir de l’ordinaire »

Depuis quatre ans, elle explore les possibilités de la peinture à la cire, une technique ancestrale.

Comment êtes-vous venue à la peinture ?

Rachel Seguin : J’ai toujours aimé dessiner et je le faisais déjà, mais c’est une boite de peinture que l’on m’a offerte qui a déclenché un vrai passage à l’acte, lorsque j’avais une vingtaine d’années. J’ai suivi quelques cours chez une amie dans la vallée de l’Ouche, pendant une année scolaire. Elle m’a montré les ombres, les profondeurs… J’ai découvert et essayé l’huile, l’acrylique… toutes les techniques puis, j’ai décidé de me débrouiller seule. Comme beaucoup, j’ai commencé par le figuratif, puis je suis allée doucement vers l’abstrait d’abord à l’huile et l’acrylique et, depuis quatre ans maintenant, à la cire.

Une partie de l’atelier sert aussi de lieu d’exposition.

Pourquoi avoir adopté cette technique peu connue du public ?

R.S : J’apprécie les possibilités offertes par l’informatique et j’aime « trainer sur Internet » pour voir les travaux d’autres artistes. Certaines œuvres me plaisaient par leur brillance, leur transparence et je voulais savoir comment on arrivait à ce résultat. C’était avec de la cire. J’ai creusé un peu et découvert que c’était un mélange de cire d’abeille et de pigments. En soi, la technique n’est pas très compliquée, mais il faut trouver les ustensiles et cela exige beaucoup de préparation. J’ai de gros blocs de cire que je casse, fais fondre et dont j’ôte au maximum les impuretés. J’obtiens des morceaux plus petits que je fonds à nouveau pour continuer purifier la cire et fabriquer des morceaux encore plus petits que je peux alors mettre dans des boites sur une plaque chauffante. On ajoute les pigments lorsque la cire se liquéfie. Ensuite, le travail se fait au pinceau sur du bois ou du médium.

Différentes tailles de blocs de cire.

Différentes tailles de blocs de cire.

Les pigments sont-ils particuliers ?

R.S : Non, ils sont tous résistants aux UV et comme la cire est un corps gras, logiquement, ils sont tous compatibles. J’ai acheté le matériel nécessaire pour commencer à expérimenter et j’ai la chance d’avoir un ami apiculteur qui me fournit la cire.

La technique est-elle très différente ?

R.S : Tout d’abord, la cire m’a donné une bouffée d’oxygène qui m’a permis de me renouveler. Elle offre plus de possibilités. C’est une tout autre pratique que l’huile ou l’acrylique. Déjà, on travaille à plat. Bien sûr, on utilise des pinceaux, mais aussi des couteaux, des fourchettes, des outils de sculpteur pour la graver. De nombreuses couches sont nécessaires. En fonction des pigments, les couleurs sont plus ou moins transparentes. C’est ce qui crée de la profondeur. Après j’ai « mes couleurs » et, en plus de la technique, c’est ce qui permet au public de m’identifier. Mes derniers tableaux sont une évolution dans mon travail, ils jouent beaucoup sur le relief.

Sous deux tableaux de Rachel, la plaque chauffante et les pots qui contiennent la cire.

Avez-vous des sources d’inspiration ?

R.S : Je peins au « feeling ». Je pars sans idée préconçue. Je ne trace aucun trait sur le support. Je peux parfois me dire que je vais commencer avec telle ou telle couleur, mais généralement cela vient tout seul. Pour le format, c’est pareil, mon mari me prépare mes supports, je suis donc très libre de ce côté. Ensuite, autant en acrylique j’aimais bien travailler de grands formats, autant avec la cire, ils sont plus réduits, pas tout petits, mais moins grands tout de même, souvent carrés. Mais comme la cire induit une autre façon de procéder, cela ne me dérange pas.

Avez-vous envisagé d’alterner les deux techniques, cire et acrylique ?

R.S : J’avais abandonné l’acrylique parce j’étais arrivé à un moment où je n’avançais plus, ne trouvais rien de nouveau. J’ai envie de m’y remettre, j’ai même une partie de l’atelier qui lui est dédiée, mais j’ai dû mal à me sortir de ce que je faisais avant. Cela reviendra sans doute, mais pour l’instant ce que je fais ne me plaît pas.

Vous l’avez mentionné, vos derniers tableaux sont moins colorés et beaucoup plus en relief. Un nouvel axe de recherche ?

R.S : J’ai d’abord fait quelques essais qui se sont révélés assez concluants, avec des formes assez géométriques. Mais, à part la couleur du fond, utiliser plusieurs couleurs ne rendrait pas. D’où cet aspect plus monochrome.

J’ai d’autres envies encore, d’autres pistes à explorer, dans cet esprit-là. Les possibilités de la cire sont infinies.

En savoir plus sur la peinture à la cire : l’article de wikipedia.