Quand musique et peinture dialoguent en direct

Évelyne Peudon est violoncelliste, Micheline Reboulleau aquarelliste. La seconde aime croquer la première. Toutes deux iront de grange en grange pour nous proposer des intermèdes musicaux croqués.

Comment vous êtes-vous rencontrées et d’où est venue l’idée d’une collaboration ?
Micheline Reboulleau : Je ne me souviens plus du jour exact ! Mais c’était dans le caveau de la librairie de l’université. Une élève m’a présenté Évelyne. Et nous nous sommes rendu compte que nous étions sur les mêmes ondes. Quant à l’idée, c’est sûrement Évelyne qui l’a eu ! Elle est très inventive et persuasive.
Comment est venue l’idée de croquer le mouvement en direct et quel intérêt y trouvez-vous ?
M. R. : Privée de peinture, car jeune maman désireuse d’être aux côtés de son bébé, je décidais de peindre sur le vif les poules, coqs, oies de notre ferme. Et ça bouge ces petites bêtes-là !
Cela m’apporte une vérité du geste, une technique, vive, directe et sans retour.
Le violoncelle a-t-il un intérêt pictural particulier ?
M.R. : Peindre un violoncelle sur le vif est difficile, il ne bouge pas beaucoup, mais par contre l’archet virevolte et les cordes sont pincées avec rapidité et maîtrise : il est alors très difficile de faire un arrêt sur image sur le jeu de mains de l’artiste.
Je ne dois en aucun cas écouter la musique, mais seulement l’entendre. Dans le premier cas, mon pinceau s’arrête automatiquement pour jouir de l’instant musical.
Le fait de faire cela assez régulièrement apporte-t-il quelque chose ?
M. R. : Je ne sais pas, mais j’ai toujours autant de plaisir à « croquer » Évelyne qui n’est jamais la même dans son jeu musical ! Ces duos nous rendent complices dans notre travail. Il y a longtemps que je souhaite immortaliser ces instants dans un recueil.
Évelyne Peudon, vous menez de nombreuses expériences avec d’autres arts : pourquoi ?
Évelyne Peudon : Cela fait trente ans que pratique des transversales, avec la cuisine, la peinture le théâtre. L’art plastique place un décor ; on joue tout à fait différemment dans une exposition de peinture ou lorsque quelqu’un peint sur le vif le musicien ou le public.
Cela nourrit l’interprétation. Il se passe quelque chose en même temps que je joue. La musique ne se voit pas, elle s’entend ou s’écoute. Selon le lieu, le décor, ce qui se passe, on réagit autrement.
Vous avez commencé avec la cuisine. Pourquoi ?
É. P. : Après un concert, il y a très souvent un pot, un verre, mais le public n’y reste pas forcément. L’idée m’est donc venue de marier les arts. De jouer pendant quinze minutes alors que Micheline croquait, qu’il y avait de la danse et qu’un cuisinier préparait quelque chose que les spectateurs dégustaient ensuite, après avoir pu profiter des odeurs.
Au XVIIIe ces transversales existaient déjà à l’opéra où l’on mariait le visuel, l’auditif et le gustatif.
Les intermèdes musicaux croqués auront lieu à 11, 12, 15, 16, 17 et 18 heures.