Isabelle Coudrot : « Ne tirez plus sur l’araignée secrétaire »

À Metz en 1985, année où nous avons rencontré Joe DOWNING, à l’occasion de son exposition au Musée du Metz,  et où il est devenu un ami, il nous avait raconté la légende de l’araignée secrétaire, l’Argiope  devant une de ses œuvres (dans la salle noire), une toile que j’aimais particulièrement.

N°1 Octobre.

N°1, Octobre, 122X122cm, Technique mixte 2008.

À Ménerbes, en août 2002, je lui ai demandé de nous raconter à nouveau cette légende.
« Au Kentucky, quand j’étais jeune, un matin dans la ferme de ma sœur, celle-ci me réveille  en me disant :«  Viens voir la merveille des merveilles ! » Je cours rejoindre ma sœur et découvre une araignée qui tissait sa toile – rien d’extraordinaire si ce n’est la beauté de cette toile couverte de rosée dans la lumière du lever de soleil.
« Regarde mieux » me dit ma sœur.
À la base de sa toile, l’araignée tissait une bande qui  s’ajoutait à la toile elle-même qui était achevée.
Je regarde de plus près encore. La bande que tissait l’araignée était couverte de petits signes multiples qui courraient tout au long comme une écriture mystérieuse.
C’est de là que vient la légende de ‘’l’araignée secrétaire’’:  Cette araignée écrit inlassablement la date de la fin du monde. Quand nous saurons déchiffrer son écriture, nous ferons partie des initiés et nous connaîtrons tous les secrets du monde. »

Cette légende est belle, comme beaucoup de légendes indiennes et des autres peuples qui vivent en osmose avec la nature.
J’ai toujours beaucoup aimé les araignées, un animal si fragile qui souffre du délit de «sale gueule »et à qui on attribue, même dans les documentaires qui se disent scientifiques, toutes les pensées et les travers les plus pervers des êtres humains. Elle est comme nous un simple maillon de la chaîne de l’évolution, mais elle, depuis 400 millions d’années. Elle en a vu beaucoup plus que nous et nous lui devons le respect.

Isabelle Coudrot