Marie-Odile Vallery : traquer l’être humain derrière le papier glacé

Ses dessins et collages jouent avec l’univers féminin des magazines, pour en dénoncer les stéréotypes, mais elle ne s’y cantonne pas. L’enseignement est un autre pan important de son activité d’artiste.

Marie-Odile sort de l’école des beaux-arts de Nancy en 1980 « L’enseignement y était encore très traditionnel, on y suivait des ateliers de gravure, de lithographie, on y dessinait beaucoup. Depuis, j’ai finalement gardé les mêmes orientations que celles de mon diplôme : je travaille sur l’image des femmes dans les magazines, bien que ce thème soit maintenant moins présent. »

Un choix issu en droite ligne de ses apprentissages et de l’atmosphère de l’époque : « Découvrir le modèle vivant lors de mes premiers cours a été un choc, depuis je l’ai toujours aimé. J’ai donc gardé l’esprit tourné vers le corps humain. De plus, dans les années quatre-vingt on parlait beaucoup de l’image de la femme dans les magazines pour en dénoncer l’aliénation, l’exploitation. J’ai accumulé des collections de ces images sublimées, mais en même temps, assez froides, plutôt désincarnées. J’essaie de les sélectionner par thème et puis je les retranscris, et crée des collages. Je les réhumanise aussi. Au départ, mon travail se situait plus dans la critique, puis, petit à petit, j’ai évolué vers des choix esthétiques plus personnels. J’aime les produits élaborés, avec des lumières, des ambiances, cela me parle et c’est souvent un stimulus pour aller vers autre chose ».

Si la femme prédomine dans son œuvre, elle ne s’y cantonne pas non plus « Mon style de trait correspond bien au corps féminin, mais je me suis aussi un peu forcée à dessiner des portraits d’homme, à sortir du magazine et de ses stéréotypes. Quand on les utilise pour travailler, on glisse vers la recherche de la perfection qui enlève du caractère, le but est donc d’en garder et même de retrouver derrière ce qui a été édulcoré, magnifié, gommé, le reflet de la société. »

Pour ses œuvres, Marie-Odile utilise deux pratiques principales : le dessin et le collage. « Je redessine sur mes collages, je remodifie, j’assemble. J’ai travaillé autour de la poésie symboliste, de l’éternel féminin. J’ai aussi des séries sur les icônes. J’y intègre également des petits morceaux de monotype. »  Mais elle est attentive à ne pas s’enliser dans un procédé, à garder de la spontanéité : « Le travail d’après photo peut vous cantonner dans un style, savoir s’en échapper est important. C’est la raison pour laquelle je pratique également beaucoup le modèle vivant. Une partie de mes tableaux sort clairement des magazines, mais une autre joue plus sur l’imaginaire, est plus libre. »

Une œuvre e de Marie-Odile Valley

Qui dit dessin, collage dit papier : « J’utilise beaucoup le papier de soie, mais je travaille aussi beaucoup sur des papiers de récupération ou des papiers qui ne sont pas forcément destinés à être présentés, sur des papiers transparents. De préférence l’acétate au calque, car il est plus stable, ne se déforme lorsqu’on le colle. Sur le thème de la mode, j’ai utilisé des patrons de couturière, de broderies… »

Dans une pièce de la galerie-atelier, posés contre les murs, des tableaux, très colorés, contrastent avec le reste des œuvres . « J’enseigne les arts plastiques, et si, dans ma pratique, j’utilise assez peu la couleur. J’ai voulu, pour donner des pistes à mes élèves la travailler avec de l’acrylique et j’ai choisi les fleurs comme thème. J’ai inventé un système de cache, je mélange la gouache et l’acrylique et je me suis lancée dans une série. »

Sinon, dans son travail plus personnel, elle peint peu à l’huile – « sauf quand je fais des monotypes ou des retouches photos » – sinon elle utilise principalement des techniques sèches, pastel, fusain, craie, de l’encre et aime beaucoup la gouache. « Quant à l’acrylique, c’est plus par obligation pour certaines techniques mixtes ou certains effets de matière. Je ne pratique pas régulièrement la peinture en tant que telle, à l’état pur. Tout tourne autour du trait, des techniques sèches, la peinture n’est qu’un rajout. »

Enseigner est l’autre versant de son activité « Mon mari a fait les beaux-arts avec moi et il est professeur d’arts appliqués. Lorsque nous sommes arrivés à Chalon, une ville beaucoup plus petite que Nancy, je me suis rapprochée de l’école d’art. J’ai suivi des cours de céramique et on m’a proposé de donner des cours à des enfants. C’est ainsi que j’ai commencé. » Puis elle a quitté l’école et monté ses propres cours qu’elle destine plutôt à des adultes « J’aime la communication avec des personnes qui sont intéressées. J’essaie d’aller au-delà de la pratique, d’enseigner l’histoire de l’art, d’organiser des visites de musées. Certes, cela prend beaucoup de temps, mais c’est gratifiant. Je reste à l’écoute de mes élèves qui peignent ou dessinent des choses très différentes. Cela me prend du temps que je pourrais consacrer à l’atelier, mais je n’ai jamais osé passer le cap, devenir artiste à plein temps. Ce lieu  me permet aussi pour montrer mon travail. Depuis deux ans, j’utilise également les réseaux sociaux. Grâce à eux, j’ai eu des contacts qui ont débouché sur des expositions. Les retours positifs relancent parfois, et le côté intergénérationnel est stimulant ».