Marianne du Preÿ : les arbres ont leur portraitiste

L’art est pour elle indissociable des arbres dont elle saisit l’essence, la force, la beauté, la résistance, l’élan vital dans ses dessins à la plume. Voyage en quelques lettres à la découverte de ses pratiques.

A comme arbres

Je les ai toujours aimés. Je suis née à la campagne, dans une maison, au milieu des arbres, protégée de la plaine de Beauce par un bois. Cette maison est une ancre, j’y reviens régulièrement. Des vacances dans l’Aveyron, dans un endroit très vert, plein de forêts, ont renforcé mon attachement à la nature.

Quand j’ai repris la plume, en Espagne, je dessinais des compositions végétales, des jardins sous la lumière du sud plutôt qu’un arbre seul. Ensuite, j’ai découvert les oliviers, puis, après mon arrivée dans le Morvan les hêtres de Bibracte et tous les vieux arbres, chênes, frênes… J’ai de la tendresse pour leur feuillage très fin, leur ombre très claire. Les tilleuls aussi qui ont souvent été plantés sur les places de village. Les noyers, les châtaigniers du sud du Morvan qui paraissernt morts font des rejets, redémarrent.

La force vitale des arbres, qui semblent vouloir survivre à tout prix, me parle beaucoup, me touche profondément.

D comme dessin

J’ai toujours dessiné, puis lorsque j’étudiais l’architecture, on apprenait le dessin technique et le dessin d’art parallèlement. Dans l’atelier où j’étudiais, nos professeurs nous encourageaient à pratiquer le dessin d’art. Je me souviens, les premières années, il nous fallait en remettre sept par semaine, en format raisin. Et il fallait les réaliser en dehors des cours et des projets à rendre. C’était comme les gammes d’un musicien.

Ensuite la vie professionnelle, élever mes enfants m’en ont éloigné et j’ai vraiment repris en 2004. J’ai commencé à exposer…

F comme fantastique
Je dessine toujours des arbres existants, mais je dévie vers le fantastique. À Bibracte, par exemple, pour « L’acarien », j’ai choisi l’éclairage le plus bizarre, j’ai beaucoup photographié, beaucoup tourné autour, et un jour, une lumière particulière accentuait son apparence monstrueuse.

Marianne Du Preÿ dans son atelier.

« J’aime aussi les charmes, les platanes, les pins, les arboretums aussi qui vont voyager. L’arbre est vraiment un symbole puissant. »

P comme papier
J’aime beaucoup le Canson Montval avec grain nuage. Il n’est pas trop « rabotant », et facilite le travail à la plume. Et l’aquarelle y fuse bien, il permet de très beaux dégradés. J’en ai essayé beaucoup avant de l’adopter.

P comme plume
La plume est un outil très vigoureux. Plume et encre de Chine. J’ai tenté le crayon, mais je n’étais pas satisfaite par le résultat. Il n’est pas assez « brutal ». Il ne me sert qu’à tout mettre en place. Ensuite, je passe à la plume. J’ai aussi essayé le feutre, plus pratique à l’extérieur, mais là où la plume s’inscrit dans le papier, le feutre glisse. De plus, l’encre de Chine existe dans de nombreuses couleurs. Et elle est totalement indélébile. Une fois sèche, on peut mettre des ombres, utiliser l’aquarelle… cela ne bouge pas.
En fait, je combine deux techniques : le dessin à la plume et une fois qu’il est sec, j’entreprends les ombres, les réserves de blanc et les couleurs.
Certains aquarellistes travaillent avec un dessin au crayon qui suggère et c’est l’aquarelle qui fait tout. Pour moi, par contre, le dessin à l’encre prime. L’aquarelle souligne.

P comme processus
En voiture ou avec un guide, je repère des arbres extraordinaires. Ensuite, le jour où la lumière est prometteuse, je retourne les voir avec mon appareil photo et mon carnet à dessins et je construis pour définir la mise en page, parfois en petit format que j’agrandis chez moi ensuite. Et je prends des clichés. Puis je reviens un autre jour, à une autre heure, à une autre saison. Quand un arbre me plaît vraiment, je le capture sous toutes les lumières possibles. Puis, à partir de l’esquisse au crayon, je travaille dans mon atelier, avec les photos sur mon écran. Le numérique permet aussi de zoomer sur les détails.

V comme Verre
Je peins sur verre depuis l’automne dernier. J’avais trouvé ces cadres, très profonds, un peu semblable à des boîtes, et j’ai eu envie de les utiliser d’une façon ou d’une autre. D’autre part, j’avais vu une exposition qui se focalisait beaucoup sur les ombres. C’est très différent du dessin sur papier. Pour l’instant, je privilégie de petits formats, pour m’exercer et, pour éviter que la peinture ne s’abîme, je retourne le verre. On joue sur trois dimenssions ce qui influe sur la façon dont l’ombre est projetée. Malheureusement, le choix de couleurs est limité. Le dessin par lui-même est assez simple, des silhouettes d’arbres. Par contre, je peaufine le fond. Mais si la transparence est vraiment intéressante, ce n’est pas le papier.

Incontournable, une visite du site de Marianne du Preÿ.