Marc Rebillard : il insuffle de la magie dans la ferraille

Quand des objets récupérés passent par ses mains, ils se transforment en sculptures pleines de fantaisie, d’humour et de poésie. Mais il aime aussi jouer avec les mots et ses œuvres s’accompagnent parfois de textes qui stimulent l’imaginaire. 

Vous sculptez depuis 2009. Quel est votre itinéraire ?
Je suis issu d’une famille d’artistes et de juristes. J’ai eu une éducation culturelle très branchée archéologie et Histoire. Gamin, j’ai beaucoup lu de BD, beaucoup dessiné aussi. Pendant une quinzaine d’années, j’ai travaillé dans le décor de théâtre. Tout cela a fini par m’amener à la sculpture. J’ai fait un premier essai en 2005, puis plus rien pendant quatre ans. Ce sont deux objets dénichés dans une brocante qui ont tout déclenché. Je les ai achetés parce qu’ils me plaisaient et en les manipulant, j’ai créé La « mouche à piques » et elle m’a incitée à continuer. J’ai trouvé une « source » d’objets au fin fond de la Saône-et-Loire et depuis, je n’arrête plus. Au début, tout était prétexte, je faisais un peu de tout, parce que c’était rigolo. Le regard s’exerce et stimule l’imagination, c’est aussi un état d’esprit.

Que vous a apporté votre travail dans le théâtre.
J’y ai appris le travail des métaux et, surtout, j’ai eu la possibilité de m’exprimer en créant certains décors, ou plutôt des accessoires présents sur scène. J’ai construit une voiture à pédales, une limousine à partir de deux Trabants… Une fois, dans les îles Marianne, nous avons reconstitué un bistrot parisien des années 1900. Toute une aventure !
Plus prosaïquement, cela m’a aussi appris à manipuler seul des objets relativement lourds. Mais je me cantonne malgré tout à des petits formats, car il y a malgré tout des limites à ce que l’on peut faire seul.

Vos œuvres portent souvent des titres humoristiques. Les trouvez-vous avant, après ?
Au coup par coup. Mais toutes mes sculptures n’ont pas forcément un titre. Ce sont souvent mes préférées. Cela me vient aussi en discutant avec des visiteurs, d’autres personnes.

Sculpture intitulée les filles du vent ou la curiosité.

Les filles du vent ou la curiosité.
«Lorsque le vent des soirs d’été nous murmure sa douce fraîcheur aux confins de la nuit, ce vent qui parfois, de jour fait plier les branches à la rencontre des racines et de la terre et laisse ce vide silencieux dans les forêts muettes de tout mouvement, ce vent de surprises et de légèreté qui fait tourner la tête et les sens, j’aime quand les filles du vent sont curieuses de la vie.»

Les objets vous « parlent-ils », en sentez-vous le potentiel lorsque vous êtes chez le ferrailleur, ou cela apparaît-il ensuite ?
Très peu de prime abord, ou alors inconsciemment. Au départ, je ne vois pas d’entrée ce que je vais en faire. Je choisis ce qui sort de l’ordinaire. Je récupère un maximum de choses qui, visuellement, sont intéressantes. La première fois, j’en ai ramené trois cents kilos. J’étais comme fou dans ce « parc naturel ».
Lorsque je rentre chez moi, je les mets à droite, à gauche… Généralement, dans la semaine qui suit un de mes voyages, je réalise au minimum trois, quatre sculptures. Il peut même m’arriver d’en créer une dizaine.

Avez-vous eu des objets pendant une longue période, avant de leur trouver une place dans une sculpture ?
Oui, il y en a eu un qui a attendu trois ans avant de trouver son complément. J’ai certains « trucs » depuis très longtemps. Je pourrais ranger par styles, formes  : pelles, pioches… ou par taille. D’autres le font. Mais moi non. C’est mon chez-moi, ma cuisine. Alors parfois je fais du tri, je déplace, je retrouve, c’est presque un jeu.

Vous est-il arrivé de tomber en panne d’inspiration ?
À un moment, je me suis dit : est-ce que je vais finir par ne plus avoir d’idées, mais pour l’instant non, il y a toujours des choses qui sortent. Mais j’essaye de ne pas « ronronner », de ne pas me répéter. Mais je ne veux pas non plus me cantonner à la recherche d’une œuvre spéciale. Faire de petites sculptures rigolotes contribue à mon inspiration. J’ai dépassé le stade de la « peur de la page blanche ». Je suis rassuré, je suis uniquement dans le plaisir de la création.

Utilisez-vous parfois d’autres matières ?
Oui, mais je ne force pas les choses, ce sont des rencontres. Je peux prendre du bois flotté, mélanger le cuir et le métal, par exemple. Mais, dans tous les cas, je préfère la spontanéité, je ne suis pas fan du poli. Même s’il m’arrive de polir certains éléments. Il y a aussi un petit côté « cuisine » comme lorsqu’on emploie de l’acide. Il y a des transferts de teintes.

« Les ferrailles de l’âme », le site de Marc Rebillard.