Maëlle Lignier : le désir d’allier sculpture, création et arts du spectacle

Matériaux de synthèse ou papier mâché, bijoux ou marionnettes, grandes ou petites, cette jeune artiste avide de créer explore avec différentes pistes avec une belle énergie.

Pouvez-vous me retracer votre parcours ?
Maëlle Lignier
 : Je suis née en Saône et Loire, mais mes parents ont déménagé en Côte-d’Or. J’ai étudié trois ans à Paris dans une école d’art appliqué. J’y ai obtenu un Diplôme des Métiers d’Art dans les matériaux de synthèse, c’est-à-dire la résine, les sculptures sur polystyrène, moules, modelage. Au départ, j’étais attirée par le cinéma et particulièrement l’animation, tout ce qui est en volume. Et ce DMA existait, peu connu certes, mais il correspondait, car j’aime fabriquer, sculpter. Ensuite je suis revenue en Côte-d’Or, car la campagne me manquait. J’ai travaillé un moment dans un atelier de décor à Corgoloin. Ensuite, j’ai rencontré des personnes qui créaient des objets et les vendaient sur les marchés et comme cette activité est un de mes rêves d’enfant, j’ai testé à Nolay au moment de Noël. Cela m’a beaucoup plus et j’ai créé ma petite entreprise.

Vous êtes donc passé d’un travail collectif à un travail en solitaire…
M. L.
 : J’ai bien aimé travailler en équipe, concevoir des décors, un univers. Cela m’a appris à sculpter, à voir en volume au-delà des techniques. Et il y a l’entraide, le fait d’apprendre les uns des autres. On est contents de fabriquer quelque chose ensemble. Quelquefois, cela me manque. Mais intermittente, c’est une autre vie qui exige de toujours trouver des projets, de rebondir. Ce n’est pas évident d’arriver à faire partie intégrante d’une équipe.

J’aime bien la sculpture sur polystyrène, partir d’un bloc, d’aller, petit à petit, vers la forme. Même en modelage, je sculpte dans la matière. Fabriquer des décors pour des films ou pour des festivals comme à Chalon-sur-Saône me plairait bien, mais on ne peut pas tout cumuler.

Pour l’instant, je n’ai pas encore sculpté de grosses pièces, je crée surtout des bijoux en bois et plexiglas. J’utilise un disque à poncer, comme un lapidaire. Je suis donc assez limitée dans la création des formes, les creux. J’ai aussi envie de fabriquer des objets de décoration, j’ai l’idée de fabriquer un jeu d’échecs. Je vais voir. J’aimerais bien me former à la sculpture sur bois…

Comment concevez-vous vos bijoux ?
M. L.
 : Souvent, je les dessine, mais, parfois, quand je coupe le bois, j’y découvre des motifs et je rebondis dessus. Les dessins me permettent de me projeter quand j’assemble, mais cela surgit aussi sur le moment. La matière me parle, mais, quelquefois elle fait aussi ce qu’elle veut, casse aussi parfois. S’adapter est alors nécessaire.

D’où vous est venue cette idée de marier le bois et le plexiglas  ?
M. L.
 : À l’école, notre professeur d’atelier nous avait fait sculpter le plexiglas ; nous disposions également de bois, nous avions donc testé. J’avais bien aimé le mélange des deux matières. J’ai fabriqué de petits objets, y ait incorporé de l’encre. Notre professeur nous encourageait à expérimenter. Nos créations avaient été exposées lors des portes ouvertes et quelqu’un a suggéré que cela ferait de beaux bijoux. C’est ainsi que j’ai commencé. Un plus, les deux matériaux sont légers.

D’où vient votre intérêt pour les marionnettes ?
M.L. 
: Je les ai découvertes à Paris. Avec des amies, nous avons envie de projets ensemble, même si nous n’habitons pas au même endroit. Nous aimons toutes la sculpture, la création et les arts du spectacle. Et comme les marionnettes allient le tout, nous sommes en train de monter un petit spectacle pour l’été. C’est un projet différent, mais qui m’anime aussi.

Les marionnettes sont un univers que je découvre petit à petit. Nous n’utilisons pas celles à fil ou à gaines, mais des marionnettes portées ou des masques. J’ai suivi un stage à Bruxelles avec une marionnettiste russe avec une marionnette portée, à taille humaine. On utilise ses jambes et la main pour manipuler. Je m’initie aussi à la pratique du conte. J’essaie de me former dans différentes techniques. Lorsque j’ai commencé à découvrir ce monde, je suis tombée sur la vidéo de Pierrot, un spectacle de Philippe Genty. Pierrot s’y rend compte qu’il est relié à des fils et les casse. Cette vidéo m’a beaucoup touchée ; j’aime beaucoup le fait qu’il y ait un lien, un jeu entre la marionnette et celui qui la manipule. C’est un univers très riche.

Comment les imaginez-vous, les créez-vous ? Quels matériaux utilisez-vous ?
M. L.
 : Quelquefois, je vais directement au modelage, pour d’autres, je les dessine auparavant. Le visuel se crée en fonction de l’histoire du personnage. Pour une de mes marionnettes, je me suis inspirée d’un texte de Jules Supervielle, l’Enfant de la haute mer, qui vit sur l’eau et est seule. Mais je m’adapte au projet.

Quant aux matériaux, c’est beaucoup le papier mâché que j’ai pratiqué lorsque je travaillais à Paris avec la compagnie « Les grandes personnes » qui fabrique des marionnettes géantes. Le papier mâché, c’est de la récupération ce qui est bien, c’est léger, c’est économique et aussi j’en avais un peu assez de la résine qui exige le port d’un masque. J’ai également utilisé le thermoplastique, une fibre naturelle qui ramollit lorsqu’on la chauffe et qu’on peut donc modeler. C’est plus solide, moins fragile.

Après, j’aime aussi le bois, qui est une des techniques traditionnelles de fabrication de marionnettes, mais il faudrait que j’apprenne vraiment à le sculpter. Cela me plairait beaucoup. Les marionnettes d’inspiration bunraku sont plus axées sur le fil et plusieurs personnes sont nécessaires pour manipuler. Encore une compétence à acquérir. Je voudrais me former au jeu, je fais un peu de théâtre d’improvisation. Si on sort du traditionnel, l’univers des marionnettes peut être très ouvert.

 

Masque.

Masque.

Maëlle et sa marionnette portée.

Maëlle et sa marionnette portée.

Mise en scène dans l'atelier.

Mise en scène dans l’atelier.