Jean-Paul Meline : « J’aime que mes sculptures racontent une histoire »

Bois, marbre, pierre et même verre, il a travaillé différents matériaux. Mais, en 2010, il est passé au métal qui lui offre d’autres possibilités.

Quel chemin vous a mené à la création ?
Jean-Paul Meline : Même si j’ai exercé un métier, j’ai toujours dessiné, c’était ma passion. J’ai commencé à sculpter de petites statuettes vers 13-14 ans. Et une coupure qui a nécessité quelques points de suture n’a pas réussi à freiner mes envies. Quelques années plus tard, au cours de mon service militaire, j’ai rencontré un sculpteur sur bois qui m’a aidé. Dès lors, je ne me suis plus jamais arrêté.

Un style et un matériau de prédilection ?
J.-P. M : Quand je travaillais le bois, j’oscillais entre le figuratif et l’abstrait, avec des personnages, des femmes aux lignes très épurées. Mais je créais aussi des choses engagées qui marquaient les spectateurs.
Je ne me limitais pas au bois, j’utilisais également la pierre, le marbre… Le verre aussi, de temps à autre, mais cela nécessitait que je puisse accéder à un four. Mais j’ai créé quelques sculptures qui mélangeaient bois et verre.

Quand êtes-vous passé au métal ?
J.-P. M : En 2010, j’avais dessiné un projet pour « Les inattendus de Sainte Sabine » et je voulais le réaliser en métal. Comme je ne savais pas souder, j’ai demandé à mon ami Gilles Beuve dont c’était le métier de m’apprendre. Il l’a fait et j’ai pu concrétiser cette envie et cela m’a tellement plus que j’ai continué. Le métal permet quasiment sans restriction toutes les possibilités créatives. On peut jouer avec la finesse, le lourd, les équilibres. Beaucoup de choses qui ne sont pas réalisables avec le bois.

L’avez-vous complètement abandonné  ?
J.-P. M : Pas tout à fait, mes sculptures ont une tête en bois. La passion pour ce matériau reste présente. Un peu de bois dans une création réchauffe l’ensemble. Malgré toutes ses qualités, le métal est froid. La petite tête en bois fait du bien.

Et, quelles essences utilisez-vous ?
J.-P. M : De l’olivier, du buis, du thuya, du jujubier, de l’amandier…

Si je vous demandais de qualifier ces deux supports : bois et métal…
J.-P. M
 : Ce que j’aime dans le premier, c’est qu’il est chaleureux. Mes sculptures étaient toutes poncées, lissées puis cirées. Le bois appelle la caresse, le métal est plus froid, même si j’essaie de gommer un peu cet aspect. Il n’apparaît pas comme tel, car il est rouillé et sa couleur marron, chocolat modifie son aspect. Je ne l’utilise pas brillant.

Quel est votre processus créatif ?
J.-P. M
 : Mes œuvres sont mûrement réfléchies, et traitent d’un thème que j’explore par le dessin. Ensuite, je cherche les morceaux de métal qui vont convenir pour mon projet. En plus des croquis, si j’en éprouve le besoin, je fabrique une maquette en terre. J’utilisais aussi cette méthode pour mon travail avec le bois et avec la pierre. J’ai toujours une sculpture en marbre rose du Portugal pour laquelle j’avais fabriqué six ou sept maquettes avant d’arriver à ce que je voulais. On peut les tourner dans tous les sens et vérifier si l’équilibre est bon dans toutes les positions.
J’aime les déséquilibres, que cela bouge et le métal autorise cela. Cela prend du temps, mais c’est possible. Le bois n’est pas approprié pour ce genre de création.

Cette évolution s’inscrit-elle dans une continuité ou s’agit-il d’une rupture ?
J.-P. M
 : C’est ce qui me permet de réaliser des choses que je ne pouvais pas faire. S’y ajoute le côté récupération. Je déteste jeter et garde certainement trop. Mais le faire systématiquement est dommage. J’apprécie de pouvoir donner une nouvelle vie à des objets. J’aime que mes sculptures racontent une histoire. J’ai des cahiers un peu partout ; j’y note mes idées, dessine des croquis. Quand je veux créer une sculpture, je les feuillette et je choisis.

Votre inspiration peut-elle s’appuyer sur l’écrit ?
J.-P. M
 : Cela peut arriver. Je suis déjà parti d’un poème de Rimbaud par exemple, ou de chansons notamment celles de Brassens.

Monumentales, petites, moyennes, quelles tailles font vos œuvres ?
J.-P. M
 : Elles sont transportables, entre 40 et 80 cm, parfois un mètre. Mais, sauf exception, elles ne sont pas très grandes. Souder, découper le métal exige de l’espace et je n’ai qu’un atelier d’une douzaine de mètres carrés. Sans oublier le problème du stockage.

Vous parliez de la rouille, comment la créez-vous, la travaillez-vous ?
J.-P. M 
: À l’acide, et je choisis le moment où la couleur me plaît pour la bloquer avec plusieurs couches de vernis mat. Il y a peu de nuances, mais un peu quand même. On ne voit plus vraiment le métal. De temps à autre, j’apporte une touche de couleur, mais elle confère toujours du sens. J’ai sculpté une fois des jeunes perchés sur une balancelle, déguisés en inséparables. Je leur ai mis des ailes peintes comme celles de ces oiseaux.

Vous dites aimer les déséquilibres, vos sculptures sont-elles mobiles ?
J.-P. M
 : J’aime bien qu’on ne voie pas tout au premier coup d’œil. J’aime créer des surprises, des choses qui ne se découvrent que sous un certain angle, des effets d’optique. Certaines de mes sculptures bougent, se balancent, j’aime qu’elles s’animent.

Concevez-vous ces éléments dès le départ ?
J.-P. M
 : Oui, mais la réalisation en est quelquefois difficile. Il subsiste parfois un hiatus entre ce qu’on voudrait faire et les contraintes de la fabrication.

Chaque réalisation est donc un défi !
J.-P. M
 : J’aime bien ce qui est prenant, cela motive mes recherches. J’ai réalisé une fois une sculpture optique qui ne fonctionne que sous un angle très précis. Un objet très abstrait, lorsqu’on le regardait d’un endroit précis, devenait figuratif (un portrait de l’abbé Pierre). J’aime bien surprendre le visiteur. C’est quelque chose de fantastique. J’aime également ajouter une touche d’humour, un peu du réconfort qu’il procure dans notre monde pas forcément rassurant. Si les gens sourient ou même rient devant mon travail, je leur ai donné un peu de plaisir et par ricochet, j’en ai aussi.

Que vous apporte une exposition comme celle des Goûters dans un lieu différent.
J.-P. M
 : Le côté contact, les rencontres qui sont parfois extrêmement enrichissantes. Le figuratif est sans doute plus facile d’accès et quand les visiteurs voient mes sculptures la compréhension n’est certes pas immédiate, mais abordable. Je peux leur donner des indices pour trouver la clé. Et ensuite, ils auront moins peur de pousser la porte d’une galerie, d’un musée.

Tête dans les nuages.

Tête dans les nuages.

La harpiste jouait de l'arc-en-ciel.

La harpiste jouait de l’arc-en-ciel.

 

C'est souvent la dernière clé du trousseau qui ouvre la porte.

C’est souvent la dernière clé du trousseau qui ouvre la porte.

La dernière clé.

La dernière clé.