Izabela Ozieblowska : « j’aime beaucoup expérimenter, jouer sur la profondeur »

D’origine polonaise, Izabela s’est installée à Nolay, elle y pratique l’art du vitrail, utilise pour ses créations les différentes techniques de la peinture sur verre.

Quel a été votre cursus en Pologne ?

Izabela Ozieblowska  : J’ai acquis mes compétences et mon savoir-faire pendant treize ans d’études dans l’Histoire de l’Art à l’Université Jagellon de Cracovie, dans l’art graphique à l’Académie des Beaux-Arts de Katowice, et de peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Wroclaw. À Wroclaw, j’ai également effectué ma spécialisation en vitrail chez professeur Ryszard Wieckowski, très réputé. Mais, durant ces années d’études, avec mon mari, nous avons commencé à faire des vitraux, au début des lampes Tiffany. Nous avons aussi beaucoup étudié des vitraux anciens pour voir comment ils étaient peints.

L’atelier d’Izabela, dans une maison du XVIe à Nolay.

Pourquoi avez-vous choisi les vitraux ?

I. O. : J’ai rencontré mon mari lors d’un stage « vitrail ». Puis nous sommes allés étudier l’histoire de l’art dans une autre ville et avons commencé à en faire. C’était quelque chose de très agréable et en plus cela nous permettait de financer nos études. Nous sommes ensemble depuis vingt-cinq ans et cela fait autant d’années que nous en faisons. En Pologne, mon professeur m’avait dit que j’étais une des trois meilleurs peintres sur verre du pays. En France, je ne sais pas, mais, prochainement, je dois participer à un concours.

Mon mari pratique plus le vitrail traditionnel, alors que je suis beaucoup plus dans les projets de peinture sur verre.

Privilégiez-vous la restauration ou la création ?

I. O. : En Pologne, nous avons fait un peu de restauration, mais surtout de la création. Le plus grand vitrail que nous avons réalisé mesure 14 m². C’était un travail énorme. Il faut faire le projet, vérifier puis passer aux dimensions réelles. Chaque détail compte, et souvent le temps est mesuré, il faut se dépêcher pour respecter les délais. Je préfère travailler plus tranquillement.

Avant de quitter la Pologne, nous en avons fait un autre, un peu moins grand 11-12 m². Mais pour moi, c’était plus agréable, car j’y ai utilisé toutes les techniques de peinture sur verre.

Un projet contemporain, encore au stade du dessin.

Un projet contemporain, encore au stade du dessin.

Vos préférences vont-elles au classique ou au contemporain ?

I. O. : Les trois derniers vitraux que nous avons créés en Pologne étaient contemporains, mais avec des éléments traditionnels. La poudre de verre est une technique qui permet beaucoup de liberté et j’adore cela, j’aime aussi mélanger les différentes techniques. Lorsque nous avons fait le miracle du soleil à Fatima pour la plus grande église de Pologne, il y a en fait deux verres très proches l’un de l’autre. Sur le premier le sablage est dans un sens et dans un autre sur le second. Pour le reste, ils sont similaires, mais avec cette petite différence, quelqu’un qui passe à côté perçoit une impression de mouvement.

Lorsque j’ai débuté, j’utilisais seulement la peinture sur verre, la technique traditionelle avec du plomb ou la technique Tiffany, j’avais peur d’expérimenter, de casser, que cela ne soit pas esthétique. Mais mon professeur m’a ouvert les portes des possibilités et c’était vraiment passionnant d’étudier.

Maintenant, comme je connais bien les différentes techniques, j’aime beaucoup faire des expériences, jouer sur la profondeur. Vitrail et gravure sont très similaires, utilisent des outils très proches. Quand je fais de la peinture « grisail, c’est analogue aux taches de couleur en gravure. Il faut enlever de la matière. Les pinceaux sont en poils de blaireau. On grave avec des pointes différentes, une plume à écrire, par exemple, permet de faire des dessins très précis, plus facilement qu’avec un pinceau. Chaque artiste fabrique ses outils en fonction de ses besoins, des projets. Il faut toujours trouver une solution technique.

De même qu’au début d’un travail sur un vitrail, quand je crée des assiettes, j’utilise seulement la poudre de verre, qu’il faut poser très délicatement, car elle est très fine. Elle change de couleur à la cuisson. Certaines d’entre elles, comme le jaune d’argent, étaient déjà utilisées au Moyen âge. Ensuite, il faut cuire à 800°. C’est une première étape, ensuite je peux utiliser d’autres techniques, gravure, sablage, Tiffany, fusing.

Modification à la plume sur un vitrail.

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Quelle est la particularité de la technique Tiffany ?

I. O. : Chaque morceau de verre peint et cuit doit être emballé avec un ruban de cuivre soudé à l’étain. C’est assez facile, aux États-Unis, les enfants en font. Mais il faut beaucoup de patience. Une lampe peut compter 560 morceaux de verre.

Et qu’est que le fusing ?

I. O. : Il permet de faire du volume, on est presque dans la sculpture. Mon professeur me disait souvent qu’avec du verre on peut tout faire, mais qu’il faut avoir de l’imagination, se dire je veux faire ça et trouver la solution. Pour le fusing ou la poudre de verre, il faut vingt heures de cuisson. Le four monte très doucement en température et redescend tout aussi doucement pour que le verre se détente et ne casse pas. Il faut que le verre fonde pour fusionner. J’ai écrit deux pages d’instructions pour programmer mon four.

Un projet passe-t-il obligatoirement par le dessin ?

I. O. : Pour le figuratif, il faut toujours faire un projet à taille un avant de passer à la réalisation. Et on l’utilise comme un calque. Pour l’abstrait ce n’est pas pareil, on n’en a pas besoin, le travail est plus créatif et plus agréable.

Le traditionnel est un peu un carcan, avec un vocabulaire graphique très limité.

Pour en savoir plus sur les techniques de peinture sur verre, c’est ici.