Évelyne Lagnien : curiosité, expérimentation, ouverture

Son envie de créer ne se déclenche qu’en présence de l’humain, mais elle aborde ce sujet sous une infinité d’angles, avec une grande palette d’outils.

Quand est apparu votre intérêt pour l’art, la peinture ?

Il est très ancien, mais je ne suis pas la seule dans ce cas. Même si la culture n’était pas très présente dans ma famille, elle possédait des encyclopédies. Enfant, je les prenais et cherchais toutes les pages avec des reproductions. Cette fascination ne s’est pas démentie lorsque j’étais au lycée. Je profitais du temps obligatoire de documentation pour feuilleter des ouvrages d’art. Cet intérêt a toujours existé, mais je ne saurais l’expliquer.

J’ai d’abord suivi les cours du soir de l’école des beaux-arts de Dijon, puis je m’y suis inscrite. J’ai alors abordé les modèles vivants surtout en dessin, un peu en peinture.

J’y suis revenue après une période où le théâtre m’avait beaucoup mobilisée, j’ai également repris la sculpture. Beaucoup d’années se sont écoulées avant que j’ose me lancer dans une création plus personnelle, avant d’abandonner la sculpture comme imitation d’un modèle qui posait. Mais il me semble que c’est un passage obligé. Ensuite, je me suis donné la liberté de travailler la terre.

L'atelier d'Évelyne

L’atelier Évelyne donne un aperçu de la variété des supports et des techniques.

Avez-vous des supports, des techniques de prédilection ? Le hasard joue-t-il un rôle dans votre travail ou tenez-vous à tout maîtriser ?

J’ai constamment testé des médiums différents, j’éprouve une grande curiosité pour eux : la peinture, mais aussi la terre, le verre… Cette curiosité m’amène à des expériences variées, mais toujours autour d’un thème, l’humain. J’aime beaucoup l’abstrait, les paysages, mais pour que l’envie de créer se déclenche, l’humain doit être présent. En complément, tout ce qui est fragment, tout ce qui échappe, ce qui est flou, tend à disparaître m’intéresse. L’objet trop bien fini, trop léché, trop fermé ne m’attire pas. J’ai besoin d’un espace qui s’ouvre. C’est aussi ce qui permet à celui qui regarde d’être actif, d’inventer.

J’aime les aventures, comme celle des monotypes, parce qu’on ne contrôle pas tout. On peint sur la plaque de verre, ensuite selon le papier utilisé, selon la pression appliquée, selon l’épaisseur de la couche de peinture… lorsqu’on retire la feuille, la surprise est toujours là. Accepter la part de hasard, ne pas vouloir se cramponner à l’idée qu’on avait, ne pas vouloir la reproduire à tout prix, mais au contraire laisser les choses advenir est important. Une deuxième impression est moins marquée, moins nette que la première, mais peut être tout aussi intéressante.

La série permet également d’aller au bout de quelque chose, j’aime bien me donner un cadre et, à l’intérieur de ce cadre, explorer toutes les possibilités. J’ai essayé plusieurs types de papier avec le monotype, et ensuite, je me suis appesantie sur l’utilisation du papier de soie, le fait qu’il se froisse est intéressant. Mais je ne suis pas encore allée jusqu’au bout, j’ai sans doute d’autres découvertes à faire.

Je retrouve cette même part d’inattendu dans le raku, on ne maîtrise ni la quantité ni l’épaisseur des craquelures. La surprise est toujours là. Bien sûr, on casse parfois, mais cela fait partie du jeu. Par rapport à la pierre, que je ne travaille pas parce c’est trop dur physiquement, la terre autorise le détail, elle est plus malléable. On peut défaire et refaire. La cuisson offre d’autres possibles, on peut l’émailler, la patiner, l’enfumer pour le raku. À chaque étape de nouveaux horizons s’ouvrent…

Je viens de peindre sur un store en bois, pour casser un peu la traditionnelle toile sur châssis. J’aime me donner la liberté d’essayer.

Votre œuvre accorde une large place aux portraits, aux regards. Comment les travaillez-vous ?

En peinture, je cherche des images de départ. Un portrait est aussi une nature morte, un objet de cadrage, une structure à travailler. Certains ne m’inspirent pas d’autres oui. Dans ce cas, je me les approprie. Je ne me soucie pas de la ressemblance. Je travaille le cadrage puis je me lance et le résultat — et c’est quelque chose que je souhaite — est très différent du modèle de départ. J’estime que lorsqu’on cherche une ressemblance, que ce soit en peinture ou en sculpture, on n’est pas complètement disponible. Si on veut un résultat ressemblant, on photographie. Celle-ci a été une libération pour la peinture. Ce sont des médiums différents.

Des lampes portraits

Une série de lampes-portraits.

Préférez-vous l’huile, l’acrylique… ?

Pour les portraits, j’utilise l’huile, mais aussi parfois l’acrylique pour les fonds ou des effets particuliers. J’aime la recherche de matières, le collage. J’ai testé les crayons gras, les pastels gras ou secs, l’encre de Chine, l’aquarelle, mais jamais telle qu’on l’enseigne. Je l’utilise très librement, en mélange avec du pastel gras. Les traversées, les rencontres de médiums différents, mélanger peinture et collage, tout cela m’attire. En ce moment, je teste l’impression de mes dessins sur de la céramique. Toutes ces expérimentations ouvrent sur d’autres possibles, donnent envie de continuer à explorer.

Quelle est votre palette de couleurs ?

J’aime beaucoup la terre de Sienne, les ocres, les couleurs vives ne m’attirent pas, j’aime les couleurs dé saturées, un peu ternes. Le raku joue beaucoup du gris et du blanc.

Vous utilisez également des techniques numériques. Comment les avez-vous découvertes ?

Par l’intermédiaire de ma fille dans un premier temps, puis j’ai suivi un cours aux beaux-arts de Dijon, ouvert aux non-étudiants. J’ai également la chance d’avoir dans mon entourage des gens un peu pointus sur Photoshop. Je peux leur demander quelques tuyaux. C’est aussi un domaine ouvert à expérimentation.

J’ai toujours aimé mélanger dessins et photos. Je photographie mes dessins et à partir de là, je construis des images, je mélange, je change les couleurs, les ombres… C’est un outil de création que je mets au même niveau que le pinceau et la peinture.