Estelle Rebourt : photographier, restaurer, transmettre

Sa participation aux Goûters est double. Elle a travaillé avec les élèves des quatre classes impliquées dans le projet pédagogique et expose son travail.

Vous êtes intervenue dans les quatre classes qui participent à cette cinquième édition des Goûters de l’art. Ce n’est pas votre première expérience et vous en avez même d’autres en cours cette année scolaire. D’où vous vient cette envie de partager, de faire découvrir votre métier ?

Estelle Rebourt : J’ai commencé à intervenir auprès d’élèves lorsque j’étais étudiante à l’école de photographie d’Arles. C’était une classe d’enfants difficiles et nous avons passé une semaine à les faire photographier. J’ai senti alors que transmettre était une expérience qui m’intéressait. C’était gratifiant de voir, sur quelques jours, les enfants évoluer avec la pratique artistique de la photographie ; de constater l’effet produit sur leur développement personnel.  Nous leur avons montré des photos historiques,  a appris à regarder, à analyser, à traiter un sujet. À cette époque, on travaillait encore en argentique. Grâce à l’école nous disposions du matériel pour développer les tirages, nous avions tout ce qu’il fallait en consommables. Il est vrai aussi qu’on faisait moins de prises de vue qu’à l’heure actuelle.

Vos diplômes en poche, avez-vous cherché à contacter des établissements scolaires pour renouveler cette expérience ?

E.R. : Non, pas vraiment, mais la région l’a fait, l’inspection académique aussi. Je ne me souviens plus vraiment comment cela a commencé, mais pendant plusieurs années, j’ai eu des ateliers avec des maternelles. J’ai animé des stages avec des adolescents. Ce qui est surprenant, surtout lorsqu’on ne passe que peu d’heures avec des élèves, c’est qu’on se rend compte que quelque chose arrive. C’est satisfaisant de sentir qu’on apporte quelque chose à l’enfant, de voir son regard s’éveiller. C’est un peu un relais ; on m’a transmis ; on m’a appris à regarder, et cela me fait plaisir de transmettre à mon tour.

Estelle Rebourt initie à la photographie une élève de maternelle.

Estelle avec une élève de maternelle de Viévy.

Au-delà, ces expériences vous amènent-elles quelque chose dans votre pratique de la photographie ?

E.R. : Certaines photos prises par les enfants peuvent être inspirantes. Il arrive qu’ils fassent des choses intéressantes sans vraiment le vouloir. Comme, par exemple à l’étang Fouché, où un élève a déclenché le flash sans le vouloir. Oui, cela peut donner des idées. Parfois, ils ne font absolument pas la photo que j’avais imaginée, c’est bien, cela surprend. Il y a un échange.

C’est également l’occasion de remettre au clair certaines choses, sur le matériel, la technique. Cela oblige à « réviser ». Ensuite cela apprend à être très patient. On pardonne facilement à un (e) maternelle son manque de concentration, mais il faut aussi composer avec l’énergie parfois débridée des plus grands.

Vous avez suivi le cursus de l’école de photographie d’Arles, quel est le chemin qui vous y a menée.

E.R. : À la base, j’étais plutôt intéressée par le cinéma, mais lorsque j’étais adolescente, j’ai emménagé à Chalon-sur-Saône et, pour la première fois, un lycée proposait une option photo. Ma mère m’y a inscrite. Après le bac, j’ai fait une année d’histoire de l’art, puis j’ai tenté le concours.  Je l’ai eu et j’y ai suivi les trois ans d’études. Quand je suis sortie, un peu timide, je ne me sentais pas prête à être photographe. Je me suis donc présentée au concours de l’école de restauration et j’y ai été admise. J’y ai acquis des connaissances plus scientifiques. Depuis des années, je pratique les deux activités en même temps, photographie et restauration, avec, maintenant l’envie de privilégier la première.

Concrètement, en quoi consiste le métier de restauratrice. Sur quoi intervenez-vous ?

E.R. : Avec ce diplôme d’État, nous sommes habilités à travailler pour des musées. Nous intervenons sur des images produites avec toutes les techniques qui ont existé depuis l’invention de la photographie : les daguerréotypes, les négatifs sur plaques de verre, sur support souple, sur les tirages papier. Aujourd’hui on nous appelle aussi dans les musées d’art contemporain pour des rayures par exemple, ou, plus souvent, pour effectuer des constats d’état sur des photos qui partent pour une exposition. Par contre, mais peut-être cela va-t-il changer avec les nouvelles générations d’encre, les tirages de photos numériques sont très fragiles, très sensibles aux abrasions, très complexes à réparer. Le plus souvent, on refait des tirages.

Pouvez-vous expliquer cette attirance pour la restauration ?

E.R. : Les documents historiques sont précieux, il faut assurer leur pérennité pour que le plus de personnes possible puissent les voir dans la durée. C’est le désir de partager, le souci de prendre soin d’un patrimoine commun. Lorsque j’étais au lycée, certains de nos cours se passaient au musée, on nous a montré des collections, la variété des techniques employées, cela m’intéressait déjà.

On a aussi la possibilité d’accéder à des collections, de voir de belles photos, même si ce ne sont pas forcément celles sur lesquelles on ne travaille.

C’est également un métier très stressant. Par exemple, j’ai restauré des plaques de verre de la guerre 14-18, des positifs de portraits. J’ai passé des heures à essayer de trouver les bonnes couleurs, la technique adéquate pour combler de grosses lacunes. Je ne pouvais pas obtenir un résultat satisfaisant sous toutes les lumières. On a peur de l’accident. Malgré tout, on est content lorsque le client l’est, qu’on a rendu le travail en temps et en heure et qu’on n’a pas eu de problèmes.

Et qu’en est-il de votre pratique de la photographie ? Avez-vous des domaines de prédilection ?

E.R. :J’ai toujours continué à photographier en parallèle avec mon activité de restauratrice. J’ai participé à des concours où j’ai été remarquée. En fait, j’aime tout, même si j’ai un penchant pour le paysage. J’adore les portraits, mais j’en fais très peu. Je voudrais réaliser une série sur des femmes, mais je n’ai pas encore eu le temps d’approfondir la façon dont, techniquement, je vais la traiter.

Je travaille parfois plus comme plasticienne, avec des négatifs sur supports transparents, et des surimpressions, en utilisant une technique du XIXe. Un projet que je vais sans doute exposer au mois de novembre.

J’aime aussi privilégier la durée, photographie pendant plusieurs années.

Mais, pour l’instant, je voudrais me poser un peu, mettre de l’ordre, faire le tri dans mes projets.