Danielle Dolat : « Tout à l’instinct »

Peintre, elle expose peu, mais souligne : « Ces moments d’ouverture me motivent, le regard des autres est très important dans la compréhension de ce que l’on essaie de faire passer dans son travail. Et puis, ce sont aussi souvent de belles rencontres. »

Élevée dans un appartement, Danielle Dolat avait pour loisirs principaux le dessin, mais aussi la lecture. Elle était déjà très attirée par les couleurs : « Je les utilise toutes, elles reflètent aussi mon humeur, cela va paraître cliché, mais elles seront sombres si quelque chose ne va pas. Elles peuvent par contre tout aussi bien être très agressives. »

Elle peint depuis une trentaine d’années. Une professeure d’arts plastiques a ouvert un atelier associatif dans un village proche de son domicile. Elle a profité de ses enseignements jusqu’à son décès. Puis, « on a continué, les anciens montraient aux nouveaux les exercices de base, les techniques. » Le temps passait et « j’ai trouvé que je commençais à ronronner. J’ai donc intégré les Beaux-arts de Troyes. » Elle y retrouve la motivation, l’élan créatif. « Le fait de travailler sur un thème donné, imposé, me forçait à réfléchir à un sujet, une technique. »

Sa peinture, qui traite beaucoup de la nature, ne passe pas par le dessin : « Tout est à l’instinct cela sort selon les états d’âme, le ressenti. Je n’ai aucune démarche préexistante. J’ai les mêmes influences, les mêmes critères de choix que ma sœur (Isabelle Coudrot), mais pas du tout la même façon de m’exprimer. »

Danielle aime beaucoup expérimenter. « Je fais des tas de mélanges, parfois même, au mépris du danger. » Son professeur aux beaux-arts l’a ainsi souvent mise en garde et la place près d’une fenêtre ouverte lorsqu’elle manie l’acétone.

Elle a beaucoup travaillé avec le goudron, inspirée par Marie-Hélène Burgeat, « elle y inclus beaucoup de matériaux divers, de la récupération. Son travail est très architectural, quelquefois elle y ajoute du vaporeux, qu’elle traduit en peinture. J’ai pris chez elle la technique. Là, il faut savoir où l’on va, on ne peut pas faire n’importe quoi, la part de l’aléatoire est assez restreinte. Si vous lâchez de l’acétone ou du White Spirit lorsque le goudron n’est pas sec, cela fuse, donne des formes. Je peignais un fond à l’acrylique, n’importe quoi de couleur et je raclais par endroit. J’ai brûlé avec un chalumeau, fait beaucoup d’expérimentations. »

Autre technique pratiquée, la colle à carrelage, abandonnée au profit de l’enduit « parce que c’est une matière qu’on ne peut pas retoucher. C’est comme l’aquarelle, il faut avoir le geste sûr, si vous loupez, vous fichez tout en l’air. »

Danielle peint pour son plaisir « toujours avec beaucoup de plaisir, je peux cependant rester un mois sans peindre, mais à d’autres moments je me relèverais la nuit pour le faire. Cela n’est pas mon moteur pour vivre, mais cela l’accompagne. » Il lui arrive aussi de « tomber en panne » ; elle utilise alors un « truc de peintre ». « Je tourne le tableau dans tous les sens pour voir ce que cela peut donner, puis je le mets sur un lieu de passage chez moi et un jour, au cinquantième passage parfois, le déclic se fait. »

Tableau, cascade.

Danielle Dolat est fascinée par la nature, qui habite son œuvre. Ici, une cascade.

Elle travaille parfois en série et trouve son inspiration dans la nature : « Je m’imprègne des ambiances, des impressions, des couleurs. Je peux utiliser un détail qui m’a touchée, émue et que je traduis sur la toile.  Les saisons influencent beaucoup ma façon de peindre, ma palette. Mais je les aime toutes. Les paysages sont toujours aussi beaux. J’adore les arbres, mais, curieusement, je n’en peins pas beaucoup. Quand je pense à quelque chose, je le note. Et cela peut-être le point de départ d’un tableau. Mais ensuite, la toile évolue. On ne peut pas peindre des idées, l’abstrait est une interprétation du réel. »

Zao Wou Ki, Nicolas de Staël et Picasso dans sa période cubiste sont ses peintres préférés. Observer leur travail la nourrit.