Bénédicte Notteghem : quand la peinture relie au monde

Passionnée par la couleur, la beauté du monde, la peinture chinoise, l’artiste est installée à Nevers où elle nous a accueillie pour un « questions-réponses ».

Bénédicte Notteghem

Bénédicte Notteghem lors de notre rencontre.

Comment êtes-vous venue à la peinture ?
Mon père et ma mère peignaient, même si ce n’était pas leur métier. À la maison, j’ai toujours vu toiles et pinceaux, senti l’odeur de l’huile.
Vous avez donc vécu cette ambiance comme une incitation et non comme un blocage…
Oui, je me rappelle qu’à l’école, j’étais la seule élève à être autorisée à utiliser un chevalet. Un de mes plus beaux souvenirs d’enfance.
Mes parents m’ont plutôt poussée à peindre que l’inverse. Par contre, je n’ai pas eu l’autorisation d’aller aux Beaux-arts. Ma mère trouvait que c’était « mal fréquenté ».
Mais cette frustration ne vous a pas empêchée de continuer…
Non, mais j’ai souvent peint par vagues. Par exemple, je pouvais le faire pendant deux, trois ans assidûment, puis, laisser tomber pendant plusieurs années. Y revenir ensuite.
Ce mode de fonctionnement a permis une maturation. Quand je reprenais les pinceaux, c’est comme s’ils avaient « grandi ».
Vos premières peintures étaient figuratives. Comment êtes-vous venue à l’abstrait ?
En 1992, j’ai découvert l’aquarelle avec un miniaturiste. J’appréciais beaucoup les fondus, lorsqu’on mouille beaucoup sa feuille avant d’y mettre de la couleur. Et j’y retrouvais la peinture chinoise que j’aime beaucoup.
Mais, après quelques années, cette technique me « parlait » beaucoup moins. Je suis alors passée au monotype qui, pour moi, représente une aventure de la couleur sans formes. Je suis ensuite revenue à l’huile avec l’expérience des fondus de l’aquarelle et les jeux de couleurs du monotype.

Et d’où vous vient cet amour pour la peinture chinoise ?
J’aime l’Asie, j’y ai beaucoup voyagé. J’ai aussi toujours été très attirée par la philosophie chinoise. Et quand on s’y intéresse, on tombe sur des tableaux de la voie excentrique. Pour moi, cette peinture est une aventure. Lorsqu’on la regarde, on voyage. Comme elles ne sont pas complètement délimitées, elles laissent la porte ouverte.

Vos œuvres s’accompagnent souvent de textes courts. Préexistent-ils ?
Je les écris après avoir terminé le tableau. C’est lui qui m’inspire. Mais ce n’est pas systématique. Je peux très bien le faire tout de suite ou plusieurs mois après. Quelquefois, rien ne vient.

Vous êtes devant une toile vierge, comment procédez-vous ?
Au début, j’ai une idée des couleurs. Ensuite, je peux passer par deux, trois, quatre tableaux différents. Parfois, cela sort tout seul, à d’autres occasions, le processus est beaucoup plus long. Un tableau est une aventure, tout comme la vie. Sauf dans les grandes lignes, on ne sait pas ce qui va arriver. Ce qui me plaît quand je pose une toile sur le chevalet c’est de ne pas savoir où je vais, mais d’être consciente que je vais quelque part.
J’ai vu récemment cette phrase « Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche ». On pourrait aussi dire : « avance sur ta toile, car elle n’existe que par ton coup de pinceau ».
Lorsque je tiens un pinceau, rien d’autre n’existe. Pour moi, la peinture est un yoga, dans le sens vrai du terme : union avec le tout. Il faut savoir lâcher prise.

Quelques toiles dans un salon.

Quelques-uns des tableaux. Vous pouvez en voir d’autres sur le site de l’artiste.

Votre peinture est donc aussi une philosophie, un principe de vie…
J’ai un leitmotiv « De l’absence à la présence par le vide ». Pour moi, on vit dans l’absence d’unité, d’unicité avec l’univers. Et effectivement, même si cela semble un peu grandiloquent, ma peinture devient une philosophie de vie. Je suis à la recherche du vide qui permet l’union avec l’univers. C’est pour cette raison que je m’intéresse au cosmos, au big bang, à la naissance de l’univers. Cela me passionne et, à tout petit niveau, j’aimerais bien être en accord avec tout cela à travers une toile.
Je peins de plus en plus, depuis que j’habite à Nevers, je sens un apaisement, une maturation, une maturité, une prise de conscience qui n’existaient pas auparavant. Je pressens aussi que je vais aller vers de plus grands formats.

Des « maîtres » des personnes que vous admirez ?
François Cheng m’inspire. J’admire Fabienne Verdier, j’ai lu deux fois son livre. D’une certaine manière, elle m’a poussée à avancer. Cette femme a tout quitté, elle voue toute sa vie à son art. Et comme, dans la peinture, je recherche le trait, c’est une raison supplémentaire pour l’aimer.
Pour les Japonais, le tir à l’arc fait partie des arts martiaux. Ils apprennent à tendre la corde pendant trois ans avant de lâcher leur première flèche. Et, l’archer qui tire ne la regarde pas ; il met dans le mille parce qu’il fait corps avec elle. J’aimerais un jour faire corps avec ma toile à travers mon pinceau.

Laissez vous séduire par les couleurs du site de Bénédicte Notteghem